TÉLÉCHARGEMENT ET INSTALLATION

Le « Semantic Daniélou » est un instrument virtuel microtonal à intonation juste conforme à la théorie d’Alain Daniélou, exposée dans son ouvrage « La Sémantique Musicale ».

Totalement gratuit, compatible MacOSX et Windows, c’est l’outil idéal pour découvrir l’immense potentiel de cette échelle…

EN SAVOIR PLUS

  • Semantic Daniélou-53L’échelle dite communément « tempérée » est en usage en Occident depuis deux siècles.

    Celle-ci fait suite aux tempéraments de l’époque baroque, dits « inégaux » qui furent conçus afin de réduire le nombre de notes nécessaires aux harmonies alors en usage, facilitant ainsi le jeu de certains instruments tout en leur conservant une certaine justesse. Le « tempérament égal à 12 notes », utilisé par défaut aujourd’hui dans les instruments occidentaux, uniformise les intervalles à l’identique dans toutes tonalités, et au détriment de la justesse puisqu’à part l’octave, les onze autres intervalles qu’il propose sont tous plus ou moins « faux » sur un plan acoustique.

    Fruit d’années de recherches, d’expériences menées sur la musique modale indienne et sur d’autres traditions musicales de l’Orient, la théorie d’Alain Daniélou, décrite dans son ouvrage « Sémantique Musicale », dont la première édition date de 1967, propose une approche novatrice concernant la perception des rapports de hauteurs.

    Le système qu’il a élaboré appartient à la famille des échelles d’intonation juste, dites aussi « naturelles ». Cela signifie que les intervalles sur lesquels il s’appuie s’expriment sous forme de ratios constitués de nombres entiers au numérateur comme au dénominateur, établissant de fait des relations harmoniques entre toutes les notes de l’échelle, en l’occurence 53 par octave.

    Cette échelle a pour particularité de mettre en valeur les harmoniques 2, 3, 5 et leurs combinaisons, les intervalles issus de ces trois facteurs ayant le pouvoir, selon Alain Daniélou, de provoquer chez l’homme des sentiments, des réactions émotionnelles bien précises et apparemment universelles.

    Ces deux spécificités, c’est-à-dire le fait de rassembler des intervalles en intonation juste de limite harmonique 5, et qu’ils véhiculent un contenu expressif, se retrouvent dans la théorie musicale des hindous et de ses 22 shrutis.

    Grâce aux progrès de l’informatique, nous assistons depuis plusieurs années à une vague de dématérialisation : le virtuel remplace le réel. Tout comme le CD a fait place aux mp3, les instruments de musique électroniques « physiques » font place à des équivalents logiciels. On les appelle les instruments virtuels : http://fr.wikipedia.org/wiki/Instrument_virtuel

    Ainsi, aujourd’hui, il suffit de relier un clavier à son ordinateur puis de télécharger ces fameux instruments virtuels pour avoir à sa disposition tous les sons possibles et inimaginables.

    Quoi de plus logique que la Fondation, après avoir financé la réalisation d’un véritable instrument, le Semantic, dont la deuxième version intègre d’ailleurs elle aussi un instrument virtuel, se lance dans la réalisation d’une version logicielle avec le « Semantic Daniélou-53″ ?

    Pour cela, elle a sollicité les services de Christian Braut et de sa structure, Archipel Studios.

    Un partenariat a été conclu avec l’un des acteurs majeurs dans ce domaine : UVI Sounds & Software. Les instruments UVI sont reconnus et utilisés par des musiciens professionnels et des producteurs du monde entier depuis plus de dix ans grâce à des logiciels tels que MOTU MachFive™, Ethno™, BPM™, Spectrasonics Stylus™, Atmosphere™, UVI Workstation™…

    Par ailleurs, c’est à Jacques Dudon, spécialiste des microtonalités de renommée internationale, qu’a été confié le pilotage du projet (choix des sons, des échelles…). Compositeur microtonaliste, chercheur, luthier, multi-instrumentiste et actuel directeur de l’Atelier d’Exploration Harmonique, Jacques est l’inventeur de plus de cinq cents instruments mettant à profit de nouvelles écologies sonores. Il a collaboré à maintes reprises avec la Fondation, notamment en tant que conseiller sur le projet « Semantic », et aussi en tant que musicien. C’est ainsi qu’en 2007, sa formation l’Ensemble de Musique Microtonale du Thoronet s’est produite à l’Abbaye du Thoronet, Rome, Venise et Paris, dans le cadre de la tournée européenne « Semantic Works ».

  • Semantic Daniélou-53, claviers « Hex » & « Hal »

    Le Semantic Daniélou-53 propose, à l’écran, un double accès aux « échelles » :

    AXiS-641/ Au moyen d’un clavier « hexagonal » dont la géométrie s’inspire de la structure, hexagonale elle aussi, de l’AXiS-64. Il est constitué de 74 touches de couleurs : sept colonnes de neuf touches + une colonne de dix touches (la quatrième) + une touche sur la gauche. Dans la suite de ce document, nous intitulerons ce clavier « Hex ».

    Quatre couleurs ont également utilisées pour « repérer » les touches. Nous en avons modifié l’agencement sur l’AXiS-64 afin d’obtenir une disposition similaire. Similaire mais décalée de deux colonnes (plus de précisions ci-après, au paragraphe « Piloter le Semantic Daniélou-53 à partir de l’AXiS-64″).

    2/ Au moyen d’un clavier conventionnel, ou clavier Halberstadt (http://www.nonoctave.com/tuning/glossary.html). Il s’étale sur huit octaves, de C-1 (note Midi 12) à C7 (note Midi 108). Soit 97 touches. Dans la suite de ce document, nous intitulerons ce clavier « Hal ».

    Le Semantic Daniélou-53 propose, en Midi, un double accès aux « échelles » :

    1/ Au moyen d’un clavier classique (même mapping que le clavier « Hal » à l’écran).

    2/ Au moyen d’un clavier permettant une utilisation microtonale optimale du système Semantic, l’AXiS-64, qui reprend donc comme nous l’avons vu le mapping du clavier « Hex ».

    Echelles et mappings

    Le Semantic Daniélou-53 propose 72 « échelles » (ou « tunings »).

    Que ce soit avec le clavier « Hex » ou « Hal », plusieurs touches peuvent produire les mêmes intervalles. Mais les buts poursuivis diffèrent.

    Sur le clavier « Hal », il s’agit de faire correspondre les octaves des touches du clavier avec celles des échelles — ceci afin de préserver les repères habituels des musiciens.

    Prenons le cas d’une « échelle » constituée d’un nombre d’intervalles inférieur à 12. Mettons 9. Et bien plutôt que de répéter cette échelle toutes les 9 touches, ou si l’on préfère et en admettant que la note de référence soit le C3, d’avoir l’octave suivante en « A3″ (C3 + 9 demi-tons), celle d’après en F#4 (A3 + 9 demi-tons), etc., nous ferons coïncider les octaves de l’échelle avec celles du clavier « Hal » (C3, C4, C5, C6…). En outre, au lieu de laisser trois touches « silencieuses » (a priori les trois dernières, c’est-à-dire « La », « Sib » et « Si »), nous les utiliserons toutes ce qui fait que plusieurs touches répèteront les mêmes notes, ou encore des variantes des mêmes notes.

    Ainsi, par exemple, avec l’échelle « bhairav-5.scl » et ses 9 intervalles, le Mib et le Mi produisent la même note (5/4), tout comme le Do et le Fa# (1/1), tandis que le Si produit la tonique à l’octave (2/1). Ces mappings sont décrits par les fichiers Scala (.scl).

    ! bhairav-5.scl
    !
    Bhairav That early morning raga (5-limit interpretation)
    12
    !
    135/128
    16/15
    5/4
    5/4
    4/3
    1/1
    3/2
    128/81
    8/5
    15/8
    2/1
    2/1
    !
    ! Two commas on Db & Ab

    Même principe pour les « échelles » composées de plus de 12 / ou moins de 24 intervalles (répétitions toutes les deux octaves), de plus de 24 / moins de 36 intervalles (répétitions toutes les trois octaves), et de plus de 36 / moins de 48 intervalles (répétitions toutes les quatre octaves). Composée de 53 intervalles, l' »échelle » complète du système Daniélou fait exception à la règle. Avec une fondamentale en C3 (1/1),l’octave suivante est en G7 et non en C8 (les intervalles se suivent — aucun n’est répété).

    Sur le clavier « Hex », il s’agit d’une approche « musicale » : autrement dit d’obtenir la représentation géométrique des intervalles la plus appropriée (notamment le fait d’avoir des tons majeurs, ou mineurs, sinon des semitons 27/25 ou 16/15, entre une touche et celle immédiatement à sa droite, vers le haut, ou une touche et celle immédiatement à sa droite, vers le bas).

    Ces mappings, pour les « échelles » composées d’au maximum 12 intervalles, de plus de 12/d’au maximum 24 intervalles, de plus de 24/d’au maximum 36 intervalles, et de plus de 36/d’au maximum 48 intervalles, sont respectivement décrits par les figures « 12-notes_mapping.jpg », « 24-notes_mapping.jpg », « 36-notes_mapping.jpg », « 48-notes_mapping.jpg ». Chaque figure consiste en une représentation du clavier « Hex » avec, pour chaque touche, le « numéro » de la ligne correspondante du fichier .scl (1 pour la tonique, 2 pour le premier intervalle de l’échelle, 3 pour le deuxième intervalle, etc.). Le mapping de l’échelle à 53 notes par octaves est décrit quant à lui par la figure « Positionnement couleurs.jpg » (représentation du clavier « Hex » avec, pour chaque touche, l’intervalle correspondant).

    Ces notions de mapping sont développées de façon appronfondie dans le document « La géométrie de clavier idéale pour le Semantic ».

    Piloter le Semantic Daniélou-53 à partir de l’AXiS-64

    AXiS-64Non seulement le mapping de l’AXiS ne peut être édité, mais il est particulier car à base de quintes. Ainsi, par exemple, les neuf premières touches de la colonne de gauche, du bas vers le haut, produisent les numéros de notes Midi suivants : 36, 43, 50, 57, 64, 71, 78, 85 et 92.

    Au niveau du Semantic Daniélou-53 et de son clavier « Hex », nous avons une représentation sous forme de matrice : sept colonnes dont six de neuf rangées et une de dix (la quatrième), ainsi qu’une huitième colonne répliquant la première, une octave plus haut, plus une touche « orpheline », sur la gauche (numéro 73), qui duplique la deuxième note en partant du bas de la première colonne en partant de la gauche (la tonique — 1/1). Soit 74 touches. Sachant qu’il est donc prévu d’en rajouter (d’utiliser toutes celles qui ne servent pas).

    Sur l’AXiS-64, nous avons trois fois sept colonnes (dont six de neuf touches et une de dix — la deuxième). Soit 64 touches x 3 = 192. Pour piloter le Semantic Daniélou-53, nous utiliserons le « Split Mode » : chacun des groupes de sept colonnes de l’AXiS-64 émettra sur son propre canal Midi. Généralement, nous affecterons le même son à trois « part » du Semantic Daniélou-53, sur les trois canaux correspondants. Ceci avec les mêmes réglages pour chacune d’elles, et avec des transpositions à l’octave (-1, 0, +1 ou 0, +1, +2). Ainsi, nous aurons au final un seul et même son… sur trois octaves.

    Le Semantic est également compatible avec un pitchbend à ruban Doepfer permettant l’interprétation de l’échelle Semantic en glissando continu sur une octave et un ton, le contact du ruban déclenchant ou relâchant l’action du pitchbend. L’ensemble des fonctionnalités de ces deux périphériques, ajoutées à celles du Semantic Daniélou, transforme alors l’interface en un clavier microtonal hautement performant.

  • L’instrument

    Développé sur une idée d’Alain Daniélou et à sa demande, accordé conformément à sa théorie, le Sémantic Daniélou est un instrument de musique électronique conçu par Michel Geiss, Christian Braut, Jean-Claude Dubois et Philippe Monsire. Il fait suite à une précédente réalisation, le S52, autre instrument créé par Claude Cellier et André Kudelski. Le S52 était destiné à vérifier la théorie, mais difficilement utilisable par le musicien, surtout sur le plan de l’ergonomie, et avec des sonorités très basiques.

    Le Sémantic est un instrument de musique à part entière. Pour en simplifier le jeu, Alain Daniélou a décidé de n’utiliser que 36 des 53 notes de la gamme (3 choix pour chacune des 12 notes), les autres notes étant selon lui moins essentielles.

    Le Sémantic Daniélou se présente sous la forme d’un instrument complet, « prêt à jouer », totalement autonome avec son système d’amplification et de diffusion, et d’un accès facile par le musicien et le compositeur. Dans sa première version, il se composait d’un générateur de sons K2000R Kurzweil, d’une partie électronique de commande et de deux claviers à boutons issus du Midy 20 Cavagnolo. Un système d’enceintes amplifiées permet au Sémantic Daniélou d’être indépendant d’une sonorisation externe. L’instrument offrait une vingtaine de sons différents dont les timbres simples avaient été choisis de façon à mettre en valeur la théorie d’Alain Daniélou. Pour prendre en compte l’expression du musicien, on disposait d’une action sur le volume des sons par la vitesse d’enfoncement des touches du clavier (la « vélocité »). De plus, des pédales d’expression de sustain et de volume, et des potentiomètres permettaient d’influer sur l’attaque et le relâchement des enveloppes d’amplitude, sur le timbre, etc.

    Pour cette première version, le K2000R Kurzweil avait été choisi, entre autres raisons, pour sa possibilité d’accorder chaque note au cent près (1/100ème de demi-ton). En d’autres termes, dans le cas le plus défavorable, la hauteur d’une note de cet instrument ne s’écartait que d’un demi-cent de sa valeur théorique de Daniélou, une très faible erreur, qu’il avait admise. On peut contater, par exemple, qu’élever d’un cent les notes C1 (65,406 Hz) et C6 (2093,005 Hz) équivaut à augmenter respectivement leur fréquence de 0,0378 et 1,209 Hz.

    Par rapport au clavier piano traditionnel, le clavier à boutons présente deux avantages. Tout d’abord, son apparence en est suffisamment éloignée. Le clavier piano, dans l’esprit des musiciens, est synonyme de tempérament égal. Il a donc été considéré qu’avec un instrument aussi nouveau que le Sémantic Daniélou, il valait mieux d’emblée se dégager des idées reçues, entre autres celle des notes d’un piano . De plus, par rapport à l’écart des doigts d’une main, ce clavier compact permet une sélection d’un plus grand nombre de notes que sur un clavier piano, ce qui est très utile pour la « jouabilité » de l’instrument qui comporte trois fois plus de notes par octave que sur un clavier piano.

    Le Sémantic Daniélou comporte donc deux claviers de 105 touches au total (dont l’un pour la main gauche et l’autre pour la main droite), pour une plage de quasiment six octaves. Il est par ailleurs possible de le transposer par demi-tons ou par octaves. L’espace occupé par 105 touches des claviers est de 40 cm sur 10 cm. A titre de comparaison, une octave de la gamme Daniélou s’étale sur une longueur de 13 cm environ, alors que sur un clavier piano, pour le même nombre de notes, il faut 36 cm, près de 3 fois plus.

    L’instrument décrit ci-dessus a été utilisé en concert, à Paris, Rome, Venise et à l’Abbaye du Thoronet (département du Var). Bien que fonctionnel, ce premier projet est resté pendant plusieurs années à un stade de développement correspondant à la technologie disponible dans les années 90, avec une palette sonore rudimentaire

    A son initiative, Michel Geiss conçoit ensuite une version considérablement améliorée bénéficiant des évolutions récentes de l’informatique musicale. Celle-ci voit le jour en 2013. Il y intègre un puissant ordinateur pour la production et la gestion des sons. Cette mise à jour technologique majeure donne accès à des sonorités beaucoup plus très riches et variées et aussi largement plus expressives qu’avec la version d’origine, tout en permettant très une précision 1 000 fois plus grande sur les hauteurs (un 1 000ème de cent). De plus, une réglette d’expression de hauteurs a été ajoutée, afin de pouvoir jouer des variations fines et progressives, à la manière des Ondes Martenot. Enfin, l’utilisation d’un ordinateur en remplacement de l’ancien système permet de modifier les sonorités existantes et d’en ajouter ultérieurement de nouvelles. Cette informatisation ouvre aussi la possibilité de piloter les sons en interne par un séquenceur ou un arpégiateur, sans modification de la structure physique de l’instrument.

  • Semantic Works de Jacques Dudon, par l’Ensemble de musique microtonale du Thoronet en hommage à Alain Daniélou (1907 – 1994)

    Ensemble de Musique Microtonale du Thoronet

    Jacques Dudon : chandravina, guitare microtonale, Semantic Daniélou, voix
    Alain Pantéléimonoff : sitar, banjo multitonal
    Éric Barthes : dulcimer médiéval, carillon harmonique, semantic Daniélou, udu
    Elisa Rucci : Semantic Daniélou, voix
    Thierry Hamy : calligraphie d’argile

    Semantic Works est un hommage occidental aux musiques extra-européennes et à l’œuvre musicologique d’Alain Daniélou. À l’occasion de la commémoration du 100 e anniversaire de la naissance d’Alain Daniélou (1907-1994), et pour la première fois en concert, il fut donné d’entendre le Semantic Daniélou, un instrument microtonal à 36 tons par octave, réalisé par Michel Geiss et Christian Braut avec l’aide de Philippe Monsire et Jean-Claude Dubois, suivant les théories exposées par Alain Daniélou dans son ouvrage « Sémantique musicale ». D’inspiration principalement indienne, se frottant au mystère et à la sensualité des ragas, Semantic works parcourt toute la palette des émotions humaines, l’atmosphère devenant tour à tour contemplative, exaltée ou simplement joyeuse, avec des références passagères aux musiques sacrées soufies, celtiques, médiévales, amérindiennes, persanes ou indonésiennes. Le geste, le tracé, la danse et les sons quelquefois de l’artiste calligraphe œuvrant en direct au centre de la scène sur son disque rotatif, imprégné d’argile en émulsion, se font le miroir instantané des harmonies et improvisations déployées par les quatre musiciens de l’EMMT. La fulgurance des couleurs harmoniques du sitar, de la chandravina, du Semantic Daniélou et des voix, spatialisées par les voûtes de l’Église abbatiale, les formes jaillissant de l’argile nous transportent en des dimensions secrètes de l’être, où dans le silence intérieur tous les paradoxes se réconcilient.

    Au cours des commémorations concernant le 100ème anniversaire de la naissance d’Alain Daniélou en 2007, plusieurs concerts impliquant le Semantic ont été organisés par l’A.E.H. (Atelier d’Exploration Harmonique) interprétant des compositions de Jacques Dudon

    A l’Abbaye du Thoronet le 22 septembre,
    Au Teatro Fondamenta Nuova de Venise le 21 octobre dans le cadre du 4ème Festival Ex Novo Musica,
    Au Teatro Palladium de Rome le 23 octobre et
    A Paris, Maison des Cultures du Monde, le 3 novembre.

    Le brevet déposé par Alain Daniélou et Maurice Martenot en 1936 témoigne de la persévérance d’Alain Daniélou qui, pendant près de 60 ans, a cherché à réaliser un instrument microtonal en alternative au « tempérament égal occidental ». De petits harmoniums furent construits en Inde dans les années 40, un instrument de mesure par les ateliers Kudelski/Nagra de Lausanne et c’est finalement, grâce au progrès de l’informatique que le « Semantic Daniélou », réalisé par Michel Geiss et Christian Braut et baptisé ainsi par le compositeur italien Sylvano Bussotti, a vu le jour en 2000.

    Jacques Dudon « Semantic Works », compositeur, spécialiste de la micro-tonalité rend hommage à Alain Daniélou en présentant une composition inspirée par les théories d’Alain Daniélou et qui utilise pour la première fois le Semantic Daniélou en concert.

    PHOTOS

    Photos : Christian Braut

    Photos : Marco Serri et Christian Braut

    Photos : Christian Braut

    Photos : Christian Braut

    LIENS

    VIDEOS

    AUDIO - Concert Rome

  • Depuis seulement deux siècles, les musiciens occidentaux font usage d’intervalles musicaux imparfaits : ceux du tempérament égal à 12 notes par octave. S’ils ont été utilisés pour la composition de très nombreuses musiques, ces intervalles ne sont qu’un compromis mathématique qui a permis la réalisation d’une catégorie d’instruments acoustiques, puis électroniques, sans pour autant prendre en compte la finesse de notre système de perception.
    En effet, de nombreuses études montrent que celui-ci non seulement est doté d’une bien plus grande capacité d’analyse que celle requise par la simple reconnaissance de douze intervalles tempérés, mais intègre aussi quantités de paramètres psycho-sensoriels, reliant notamment timbres et intonations.

    Historiquement, le philosophe mathématicien Leibniz avait émis au XVIIe siècle la théorie du « calcul inconscient » selon laquelle la musique est définie « comme le plaisir de l’âme qui compte et qui ne sait pas qu’elle compte ».
    Le pythagoricien Jean-Philippe Rameau allait dans le même sens quand il liait la perception des intervalles musicaux aux mathématiques et que, selon lui, la mélodie découle de l’harmonie et qu’en celle-ci « se donnent à entendre les rapports numériques inscrits dans l’univers ».

    Plus récemment, de nombreux compositeurs comme Harry Partch, Lou Harrison, Terry Riley, La Monte Young, Ben Johnston, Wendy Carlos, David B. Doty, Robert Rich font appel à des échelles microtonales diverses, renouant avec les musiques traditionnelles du monde ou créant de nouveaux tempéraments ou échelles d’intonation juste,

    Dans une démarche similaire à celles de Leibniz et Rameau, Alain Daniélou s’est profondément investi dans l’étude des intervalles musicaux après avoir étudié la musique indienne et ses subtilités une bonne partie de sa vie. Il a élaboré une échelle musicale de 53 notes, uniquement construite à partir de rapports des nombres 2, 3 et 5, théorie qui, selon Fritz Winckel, « permet aux rapports musicaux d’apparaître dans une lumière nouvelle » (d’après l’ouvrage « Sémantique Musicale »).

    Dès son adolescence, Alain Daniélou a cherché à réaliser un instrument à micro-intervalles. Le Semantic Daniélou, dans ses versions physique (36 notes) et logicielle (53 notes), est l’aboutissement d’un travail de près de 70 ans et un exemple tout à fait étonnant de persévérance. Dans ses deux versions, l’instrument respecte la théorie de la combinaison des trois nombres émise par Daniélou, étendue, avec le Semantic Daniélou-53, à la totalité des coïncidences harmoniques propres au système Semantic.

    Jacques Cloarec retrace la chronologie du parcours.

    Très jeune Alain Daniélou démontre immédiatement un grand intérêt pour les matières artistiques. Il peint (aquarelles), ce qu’il fera toute sa vie, il chante, il apprend à jouer du piano. Plus tard il prend des cours de composition avec Max d’Olonne, touche au monde de la danse, donne des récitals.

    En 1926, il a 19 ans. Il reçoit une bourse pour un voyage d’étude de la musique arabe en Algérie. Je pense que c’est dès cette période qu’il s’aperçoit des limites, et en un certain sens de l’aberration qu’est la division de l’octave en 12 semitons égaux, conception qui bien entendu ne permet pas d’interprétrer la musique arabe ni en fait la plupart des musiques autres qu’occidentales. Il reprend donc le flambeau après d’illustres prédécesseurs : Zarlino, Werckmeister, Mercator, Holder, Helmholtz…

    Holder et Mercator divisèrent l’octave en 53 parties égales, concept qui se rapproche du système conçu par Alain Daniélou, lequel par contre préserve la justesse naturelle des intervalles issus des harmoniques 3 et 5, propre également aux shrutis indiens.

    Je ne peux le confirmer, mais je me demande si l’idée d’un nouvel instrument de musique ne germe pas dans son esprit dès ce voyage algérien de 1926.

    Sa découverte de la musique indienne quelques années plus tard fera encore grandir sa motivation pour cette recherche.

    En 1936, il se lie à Maurice Martenot pour la réalisation du premier instrument à clavier accordable qu’il réalisera : j’ai encore le brevet daté de 1937 que les deux musicologues déposeront, et j’ai remis à l’Association pour la Promotion et la Diffusion des Ondes Martenot le prototype qui fut réalisé à l’époque. Je viens de le retrouver au Musée de la Musique de La Villette à Paris.

    Quelques années plus tard, Alain Daniélou réalise en Inde un nouvel instrument artisanal pour lequel il utilise une grande quantité de rayons de vélo. Puis il fit fabriquer une série de petits harmoniums appelés Shruti Veena dont un exemplaire a survécu.

    Music and the Power of Sound - Inner Traditions International (1995)
    Music and the Power of Sound
    Inner Traditions International (1995)

    C’est alors que paraît son premier livre, bien évidemment dédié au même sujet, à savoir « Introduction to the Study of Musical Scales », publié en 1943 à Londres (Indian Society) qui sera suivi d’une version française « Traité de Musicologie Comparée » et d’une toute nouvelle version américaine (1995) avec une introduction de Sylvano Bussotti sous le titre « Music and the Power of Sound ». L’ouvrage définitif sur la question, « Sémantique Musicale », paraîtra à Paris en 1967 et est depuis régulièrement réimprimé avec différentes introductions (Fritz Winckel, acousticien, Françoise Escal, musicologue) ; une dernière version est sous presse, revue et préfacée par Jacques Dudon et liée au nouvel instrument (prévue aussi en e-book et en anglais). Ces ouvrages prouvent l’intérêt permanent des musiciens, musicologues, psychologues et acousticiens pour les recherches de Daniélou.

    Alain Daniélou, Rome 1976, photo : Jacques Cloarec
    Alain Daniélou, Rome 1976. Photo : Jacques Cloarec

    La réalisation d’un instrument précis reprend dans les années 1970 quand Alain Daniélou décide avec son ami l’ingénieur Stefan Kudelski, inventeur et fabricant du Nagra, le fameux magnétophone portatif haut de gamme, de réaliser un nouvel instrument grâce aux progrès de l’électronique moderne.
    Stefan Kudelski confie cette tâche à son fils André, jeune ingénieur électronicien et à Claude Cellier lui-même électronicien et musicien.

    Baptisé S52, l’instrument, exactement basé sur le système exposé dans la « Sémantique Musicale », et techniquement très élaboré, s’il présente quelques défauts, permet à Alain Daniélou d’avancer dans sa théorie, inspirée du modèle indien, et d’en vérifier les applications psychoacoustiques. Le prototype sera présenté en 1980 à Paris, entre autres au Conseil International de la Musique de l’UNESCO, mais aussi à l’IRCAM, à Bordeaux, Berlin, Rome, etc.

    Cet appareil baptisé l’orgue de Shiva par le journaliste Jean Chalon restera à l’état de prototype, car son clavier en faisait plus un appareil expérimental qu’un véritable instrument de musique.

    L’intérêt pour un tel instrument se fera immédiatement sentir autant dans les milieux musicaux concernés par les micro-intervalles, que dans ceux de la musicothérapie ou des musiques extra-européennes. Sylvano Bussotti, qui jusque-là n’avait jamais inclus d’instruments électroniques à ses oeuvres s’intéresse vivement au projet, écrit une œuvre pour elle qui sera jouée par le pianiste Mauro Castellano sous la direction du chef d’orchestre Marcello Panni dans dans une œuvre appelée « LaVergine ispirata ».

    Jacques Cloarec,
    4 avril 2005

    Semantic Daniélou-36 - Photo : Giorgio Pace
    Semantic Daniélou-36. Photo : Giorgio Pace

    L’aventure ne s’arrête pas là et deux ans avant la mort d’Alain Daniélou, l’ethnomusicologue Xavier Bellenger met en contact Michel Geiss avec Jacques Cloarec. Lors d’un rendez-vous à Lausanne, Alain Daniélou déjà affaibli, fait part à Michel Geiss de son souhait de faire réaliser un instrument basé sur ses principes, qui lui propose de baser l’instrument sur un clavier électronique à boutons de type accordéon. En effet, ce type de clavier permettait une densité de notes adaptée à la jouabilité d’un plus grand nombre de notes par octave. Alain Daniélou valide ce concept et suggère une disposition des notes simplifiée, au nombre de 36 par octave, qu’il considère comme suffisantes (Lettre manuscrite d’Alain Daniélou à Michel Geiss à propos du clavier).
    Muni de ces instructions, Michel Geiss s’assure la collaboration de Christian Braut, spécialiste en informatique musicale et de Jean-Claude Dubois, électronicien, pour réaliser l’instrument.

    Daniélou meurt en 1994 sans avoir vu l’aboutissement de ce projet.

    Philippe Monsire, designer industriel, est chargé de la réalisation d’une coque très futuriste qui intègre l’ensemble des éléments de ce nouvel instrument. Le compositeur Sylvano Bussotti en devient le parrain en le baptisant du nom de « Semantic Daniélou ». Bien que fonctionnel, ce premier projet reste pendant longtemps à un stade de développement correspondant à une instrumentation sonore rudimentaire, celle de sa conception d’origine. Il a été utilisé dans différents concerts à Paris, Rome, Venise et à l’Abbaye du Thoronet.

    Michel Geiss conçoit ensuite une version considérablement améliorée bénéficiant des évolutions récentes de l’informatique musicale, qui voit le jour en 2013, pour laquelle il intègre un ordinateur pour la production des sons. Cette mise à jour technologique majeure donne accès à des sonorités très riches et variées et aussi très expressives, tout en permettant une grande précision sur les hauteurs (un millième de cent).

    Semantic Daniélou-S53
    Semantic Daniélou-S53

    En parallèle, Christian Braut et Jacques Dudon, spécialiste incontesté en matière de microtonalités, se consacrent à la réalisation d’un Semantic en version logicielle, à 53 notes par octave, téléchargeable gratuitement par internet.
    Sur la base du clavier du Semantic Daniélou-36, Jacques Dudon dessine le clavier à 53 notes idéal et trouve une interface MIDI (l’Axis-64) compatible avec sa géométrie. Il conçoit les premiers tunings et mappings de l’instrument et écrit le cahier des charges du « Semantic Daniélou-53 » que Christian Braut soumet à Alain Etchart de l’équipe d’Univers Sons, dans laquelle Arnaud Sicard en assurera la réalisation informatique.
    Après différents tests avec les claviers compatibles, le Semantic Daniélou-53 est aujourd’hui pleinement opérationnel. La diversité des échelles pré-programmées sélectionnées, contenant chacun de nombreux modes, pouvant être soutenus par un bourdon micro-accordable, en fait un instrument facile d’accès et particulièrement pédagogique.

    Notre fondation FIND, par des ateliers cette année et par un séminaire en 2017 promeut ces deux réalisations d’un projet qui aura duré 80 ans.

    PHOTOS

    Maurice Martenot, Alain Danielou, 1937
    Musée de la Musique — La Villette
    Photos : Christian Braut

    Réalisé à l’université Visva-Bharati créée par R. Tagore

    Après restauration par Klaus Blasquiz au printemps 2016

    Photos : D. Nabokov et Jacques Cloarec

    AUDIO

    LIENS

STAGES D'INTONATION JUSTE

Des stages d’intonation juste autour du Semantic-Danielou-53 sont organisés régulièrement.
Le prochain aura lieu à Saint-Affrique les 11 et 12 mars 2017. Il s’agit d’un stage d’initiation.
Contact :

Nous vous invitons par ailleurs à rejoindre le groupe Facebook « Just Intonation Network », au sein duquel nous sommes très actifs et où vous pourrez poser vos questions.